Etude du Sénat sur les téléphones portables : un désastre écologique connu !

Les téléphones portables sont des désastres écologiques (mais ont aussi des impacts sur la santé, ce qui n’est pas le sujet ici), notamment lors de l’extraction des ressources qui sont nécessaires à sa fabrication, mais également lors de leur gestion en fin de vie.

L’étude du Sénat que je résume ici repose sur plus d’une vingtaine d’auditions, dont les représentants de l’ensemble des acteurs concernés par la filière (ministère de l’écologie, Ademe, éco-organisme du DEEE, fédération des opérateurs de téléphonie, chercheurs, dirigeants, …). Elle expose l’inventaire et le devenir des matériaux et composants des téléphones portables. Je vous en propose un très court résumé ici, mais le rapport et son résumé complet se trouvent ici .

 

Surconsommation, extraction, problème éthique, toxicité, obsolescence programmée : tout y est !

Environ 24 millions de téléphones portables sont vendus en France chaque année depuis 2012 : c’est le produit phare de la société de consommation actuelle.

Le rapport souligne que :

  • La fabrication des téléphones portables ignore largement les enjeux environnementaux.
  • Le manque de connaissance sur la composition exacte des téléphones portables est flagrante. Ils représentent pourtant une « mine urbaine » (200 grammes d’or dans une tonne de carte électronique contre 5g d’or par tonne de minerai dans une très bonne mine).
  • Les conditions d’approvisionnement sont régulièrement critiquées en raison de problèmes éthiques : certains matériaux comme le tantale sont extraits dans des territoires confrontés à des conflits armés ; certains sous-traitants ne respectent pas les normes élémentaires du code du travail.
  • La fabrication des téléphones alimente une extraction peu soutenable : nombre de matières premières utilisées sont exposées à des risques d’approvisionnement à plus ou moins long terme.
  • Il existe des interrogations en termes de toxicité et d’écotoxicité des composants, notamment lors de la phase de recyclage.
  • La conception des téléphones est délibérément défavorable au réemploi et au recyclage : course à l’innovation, développement de nouvelles fonctionnalités, quasi-impossibilité de remplacer les batteries intégrées.

 

 

Mauvaise gestion en fin d’utilisation : impact environnemental et frein à la seconde vie!

Le rapport affirme que la collecte des téléphones portables usagés est largement insuffisante :

  • On ne collecte que 15% des téléphones portables mis sur le marché.
  • On estime que 100 millions de téléphones dorment dans les tiroirs de nos concitoyens (raisons : informations fournies au consommateur insuffisantes, freins psychologiques au geste de tri, absence de contrôle par les opérateurs du respect de la reprise des téléphones usagés).

De plus, l’étude révèle que la majorité du gisement de téléphones usagés échappe à la filière réglementaire et part dans des filières parallèles. Le marché de l’occasion est peu transparent et des exportations de lots complets mélangeant déchets et équipements réparables ne respectant pas toujours la réglementation en vigueur contourne les règles relatives à l’exportation des déchets.

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Agbobloshie : Banlieue d’Accra, capitale du Ghana, connue pour être une destination légale et illégale pour les déchets d’équipements électriques et électroniques en provenance de pays industrialisés (wikipedia)

 

 

Des propositions, mais à quand des actes concrets et une sensibilisation à grande échelle de l’impact d’un smartphone ?

L’étude formule 27 propositions concrètes, consensuelles et ambitieuses dans les 5 directions suivantes :

  • La responsabilisation des fabricants de téléphones portables ;
  • La lutte contre l’obsolescence programmée et pour l’augmentation de la durée de vie des téléphones portables ;
  • L’augmentation de la collecte de téléphones portables usagés, notamment par le biais d’une meilleure information donnée au consommateur sur le geste de tri ;
  • Le soutien aux acteurs du réemploi, notamment issus de l’économie sociale et solidaire, et la clarification des circuits des filières parallèles à la filière réglementaire ;
  • La définition et la mise en œuvre d’une stratégie nationale de recyclage des métaux soutenant les projets de recherche et d’unités de traitement.

Personnellement, ma proposition serait plutôt d’arrêter cette hypocrisie et d’interdire la vente de produits qui alimentent des conflits armés, exploitent des gens, épuisent les ressources, détruits des milieux naturels, polluent, etc. Nous avons suffisamment de téléphones (l’étude le prouve) pour uniquement réparer/recycler l’existant !

 

 

Conclusion

Les téléphones portables sont un désastre écologique et social. Pollution, exploitation, ressources rares et tendues, conflits, toxicité, obsolescence… ils représentent de manière frappante le modèle de consommation actuelle : j’achète le « meilleur » produit possible au meilleur coût économique possible sans me soucier des conséquences de mon achat. Et du côté vendeur, je vends mon produit sans me soucier de ses impacts destructeurs, ni de sa gestion problématique en fin de vie, et si possible je fais en sorte que le consommateur ressente le besoin d’en racheter un neuf le plus vite possible ! Nous marchons sur la tête et il serait temps que nous nous en rendions compte : commençons par ne plus acheter de téléphones neufs !

Je vous invite à lire mon article sur l’empreinte cachée des téléphones portables ici, et notamment la dernière partie qui présentent des alternatives à l’achat de téléphones impactants.

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