Une suite qui dérange, d’Al Gore – VS – La vérité qui dérange Al Gore!

Jeudi 14 septembre, j’ai assisté à l’avant première du second film d’Al Gore, « une suite qui dérange – le temps de l’action », qui fait suite à son premier film sorti en 2006 « une vérité qui dérange ». En arrivant devant la salle, je vois énormément de monde, ce qui me rend optimiste : la crise écologique commence à intéresser du monde ! Je fais la queue en espérant que le film abordera les différents problèmes en cause dans cette crise écologique, climatique et sociale, et les moyens de la résoudre.

 

 

Le changement climatique comme unique problème, les ENR comme unique solution !

La première partie expose, à travers le combat d’Al Gore, l’état actuel de la planète : montée des températures, fonte des glaces, intensification des évènements extrêmes, inondations, etc. C’est très bien fait, Al Gore est convainquant, le constat me semble juste, mais incomplet.

Puis au fur et à mesure que le film avance, il commence à me déranger : on rentre dans la vie d’Al Gore avec des moments d’émotions, au point de se demander si c’est un film sur le climat ou un reportage de campagne pour Al Gore. A la limite, pourquoi pas.

En revanche, je comprends assez vite que l’intégralité du film résidera dans l’apologie des énergies renouvelables. Le combat d’Al Gore réside en fait dans la mise en place d’énergies renouvelables pour remplacer les énergies fossiles. C’est tout. Cela suffira à résoudre la crise écologique et à continuer à vivre confortablement sur la planète. Je commence à me sentir mal à l’aise sur mon siège.

 

 

Al Gore minimise (cache) complètement l’ampleur de la crise

La crise écologique que nous traversons se caractérise par plusieurs éléments, citons en quelques uns :

  • Une pollution croissante des sols, de l’air, des océans et des cours d’eau, qui est engendrée par plusieurs facteurs notamment la production énergétique, mais aussi les industries, l’agriculture, l’urbanisation, les déchets, l’exploitation des sols pour récupérer des matériaux…
  • La destruction du naturel et du vivant, conséquence de l’artificialisation des sols, de la surpêche, de la déforestation, de la pollution lumineuse…
  • L’augmentation des températures, causée par l’activité humaine (construction, transports, consommations, alimentation, déforestation, élevage intensif, surexploitation, …) et qui engendre sécheresses, vagues de chaleurs, acidification des océans, problèmes sanitaires…
  • D’autres aspects pourraient être pris en compte comme la tension sur les ressources et ses conséquences (Al Gore relie d’ailleurs, en partie à juste titre selon moi, le conflit Syrien et le terrorisme qui en découle à la tension sur la ressource en eau), sur l’instabilité de certaines zones du monde pour des raisons de ressources énergétique (pétrole, uranium, terres rares…).

On voit bien que la crise se caractérise par plusieurs aspects, ils sont tous liés, et notamment le dérèglement climatique, qui en plus vient exacerber les autres aspects. Al Gore, lui, ne parle dans son film que de l’augmentation des températures, c’est dommage, mais admettons.

 

 

Ce qu’Al Gore ne dit pas sur les ENR !

Il faut stopper le changement climatique, donc (c’est vrai que ça serait déjà un bon début…). Que propose Al Gore ? Arrêter la production énergétique issue des énergies fossiles et la remplacer par des énergies renouvelables. C’est bien de cela qu’il s’agit dans le film, il semble même être une pub long format sur les éoliennes et le solaire.

Pardon, mais moi je vois ici un message tout autre : ne changez rien à votre style de vie occidental, surtout pas, passons juste au 100% ENR et tout ira bien !

Admettons !

On ne change pas nos modes de vie, mais on passe au tout ENR, questions :

  • D’où proviennent les composants nécessaires à la fabrication des panneaux solaires, des éoliennes, etc ? Sont-ils en quantités illimités ? Sont-ils répartis de manière égale dans le monde, où au contraire sont-ils entassés dans certaines zones ? Dans quelles conditions sont-ils extraits ? Avec quelle énergie ? Avec quel impact sur l’écologie ?
  • Que fait-on de tous ces éléments une fois qu’ils sont en fin de vie ? En a-t-on une idée ?
  • Comment gère-t-on un besoin énergétique qui explose, avec des énergies intermittentes, qui nécessitent des ressources qui, elles, sont finies ? Si on la stocke, question 1 pour les batteries.
  • Ces énergies renouvelables sont elles polluantes et impactantes pour l’environnement pendant leur fonctionnement ?

On comprend, peut-être, après avoir répondu à toutes ces questions, que les ENR ne sont pas vraiment des énergies « vertes », mais qu’elles nécessitent des ressources rares, et quelles ont elles aussi un impact sur l’environnement. Attention, je ne dis pas qu’il n’en faut pas (en tout cas, pas sans un changement global de système, et pas à travers les grands projets gérés par les grands entreprises), je nuance juste cette « croyance » que j’ai ressentie dans le film selon laquelle les ENR sont propres et peuvent nous sauver.

 

 

Remplacer l’énergie « sale » par une énergie « propre » ne résous pas la crise

Je suis prêt à faire un gros effort dans cet article : je prends l’hypothèse que nous arrivions à produire la totalité de notre énergie de manière propre, durable, et sans ressources (de l’énergie gratuite, illimité, et directement utilisable nous tombe du ciel, c’est noël !). C’est un peu, selon Al Gore, ce qui se passerait si on passait au 100% ENR. Questions :

  • Cela arrêterait-il la destruction du vivant qu’engendrent pollution lumineuse, déforestation, surpêche, urbanisation… ?
  • Cela nous empêcherait-il de produire des déchets dangereux pour l’environnement (alimentation, e-déchets, rejets industriels dans la nature de substances nocives, …) ?
  • Cela stopperait-il l’élevage intensif du bétail qui pollue grandement la planète, demande une part gigantesque des surfaces émergées du globe (30%, voir ici) ? Sans parler du problème moral que ça pose, et de l’insécurité alimentaire que ça engendre.
  • Cela stopperait-il le pillage du sable qui détruit les littoraux, et dont on a besoin pour faire notre cher béton ?
  • Cela stopperait-il la surexploitation des ressources (autres que le pétrole) nécessaires à produire tous nos produits du quotidien ?
  • Cela nous empêchera-t-il de subir de plein fouet le changement climatique (par exemple, les futures canicules qui créeront de véritables îlots de chaleur dans les villes, et oui, le changement climatique, quoiqu’il arrive, est déjà en cours, et il est irrévocable, vous êtes le maillon faible, au revoir !), et de subir la hausse globale des températures qui pourraient rendre certaines régions impropres à l’agriculture ou plus simplement à la vie ?

 

 

La vérité qui dérange Al Gore

Il y a un mot qui me revenait sans cesse en tête en visionnant le film : sobriété.

La planète est une maison dont les fenêtres sont ouvertes, et on se demande s’il faut la chauffer avec du nucléaire, du fossile ou des ENR. Mais pourquoi on ne fermerait pas les fenêtres, puis on ne mettrait pas un pull ?

C’est en cela que je trouve le film dangereux, en nous faisant croire que les ENR vont nous sauver de tous les maux, on en oublie le principal : ce qui détruit la planète, c’est notre mode de vie ! C’est notre système capitaliste ! C’est notre modèle économique basé sur la croissance, l’extractivisme, le productivisme ! C’est notre croyance que l’Homme est supérieur à la nature, aux autres espèces vivantes !

C’est le fait de surconsommer dans un monde où les ressources sont finies. Ce n’est pas les ENR qui nous sauveront, mais une prise de conscience générale que nos modes de vie ne sont pas soutenables. Avant même de penser à la façon la moins sale de produire notre énergie, on doit penser à réduire drastiquement notre besoin énergétique. On doit arrêter de se servir de la nature pour prendre tout ce dont on a « besoin » et de rejeter tout ce dont on ne veut plus, et ainsi de suite. Tant que j’y suis, je tente un gros mot, nous devons « décroître ».

Selon moi, c’est celle-là la vérité qui dérange !

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