Retour sur le manifeste de 15 000 scientifiques – Un appel à l’action !

Mardi 14 novembre 2017, le journal le Monde titre en première page « Il sera bientôt trop tard » et publie en intégralité l’ « Avertissement à l’humanité » de 15 000 scientifiques.

Je propose dans cet article de résumer (à peine) le contenu de ce manifeste. J’en fais également un retour personnel à la fin. Le lien vers le texte intégral est ici.

 

 

Le contenu du manifeste : avertissement à l’humanité

Cet « Avertissement à l’Humanité » a été écrit par plus de 15 000 scientifiques internationaux et a été publié ce lundi 13 novembre dans la revue « BioScience ». Il met en garde l’humanité contre la catastrophe écologique en cours, et demande à ce que des mesures soient prises de manière urgente pour inverser cette trajectoire de destruction qui nous mets en péril, nous et l’ensemble du vivant.

 

 

La première alerte des scientifiques en 1992

En 1992, les scientifiques demandaient à l’humanité de freiner la destruction de l’environnement et avertissaient : « Si nous voulons éviter de grandes misères humaines, il est indispensable d’opérer un changement profond dans notre gestion de la Terre et de la vie qu’elle recèle ».

Le manifeste faisait part des inquiétudes des scientifiques concernant la diminution de la couche d’ozone, la raréfaction de l’eau douce, le dépérissement de la vie marine, les zones mortes des océans, la déforestation, la destruction de la biodiversité, le changement climatique et la croissance continue de la population humaine. Il affirmait déjà à l’époque  :

  • Que nous devions entreprendre d’urgence des changements fondamentaux afin d’éviter les conséquences qu’auraient fatalement la poursuite de notre comportement actuel (c’est-à-dire, une société de consommation, qui détruit les milieux naturels et le vivant).
  • Que l’Humanité poussait les écosystèmes au-delà de leur capacité à entretenir le tissu de la vie.
  • Que nous nous rapprochions rapidement des limites de ce que la biosphère était capable de tolérer sans dommages graves et irréversibles.
  • Qu’il fallait stabiliser la population humaine (on est 2 milliards de plus!), car le trop grand nombre d’humains exerçait sur la Terre des pressions qui réduiraient à néant les efforts entrepris pour un avenir durable.
  • Qu’il fallait diminuer nos émissions de gaz à effet de serre, et abandonner les combustibles fossiles.
  • Qu’il fallait réduire la déforestation et inverser la tendance à l’effondrement de la biodiversité.

 

 

Le point 25 ans plus tard : L’alerte n’a pas été entendu – les décideurs n’ont pas assumé leurs responsabilités !

Entre 1992 et aujourd’hui, mise à part la stabilisation de l’amenuisement de la couche d’ozone stratosphérique, l’humanité a échoué à accomplir des progrès suffisants pour résoudre ces défis environnementaux, et pire : la plus part de ces désastres écologiques se sont aggravés !

La trajectoire actuelle du changement climatique est potentiellement catastrophique, cela est dû à l’augmentation du volume de gaz à effet de serre dégagés par le brûlage de combustibles fossiles, à la déforestation et à la production agricole (notamment les émissions dégagées par l’élevage des ruminants de boucherie).

Nous avons également déclenché un phénomène d’extinction de masse des espèces vivantes, la sixième en 540 millions d’années.

 

 

Le deuxième et dernier avertissement des scientifiques : Après il sera trop tard !

L’Humanité met en péril son avenir (et celui de tout le vivant, ce qui est bien pire moralement) en refusant de modérer sa consommation matérielle intense mais géographiquement et démographiquement inégale.

En échouant à limiter de manière adéquate la croissance de la population, à réévaluer le rôle d’une économie fondée sur la croissance, à réduire les émissions de GES, à encourager le recours aux énergies renouvelables, à protéger les habitats naturels, à restaurer les écosystèmes, à enrayer la pollution, à stopper la « défaunation » et à limiter la propagation des espèces exotiques envahissantes, l’humanité omet de prendre les mesures urgentes indispensables pour préserver notre biosphère en danger.

« Les responsables politiques étant sensibles aux pressions, les scientifiques, les personnalités médiatiques et les citoyens ordinaires doivent exiger de leurs gouvernements qu’ils prennent des mesures immédiates car il s’agit là d’un impératif moral vis-à-vis des générations actuelles et futures des êtres humains et des autres formes de vie. Grâce à un raz-de-marée d’initiatives organisées à la base, il est possible de vaincre n’importe quelle opposition, aussi acharnée soit-elle, et d’obliger les dirigeants politiques à agir. Il est également temps de réexaminer nos comportements individuels, y compris en limitant notre propre reproduction en s’en tenant au maximum au niveau de renouvellement de la population, et en diminuant drastiquement notre consommation par tête de combustibles fossiles, de viande et d’autres ressources. »

Le manifeste fait part d’avancées loin d’être suffisantes. Certes, nous avons baissé rapidement les substances destructrices de la couche d’ozone, progressé dans la lutte contre la famine et l’extrême pauvreté, ainsi que dans l’éducation des femmes et des jeunes filles, baissé le taux de fécondité dans de nombreuses zones, réduit le rythme de la déforestation dans certaines régions et permis la croissance rapide des énergies renouvelables. Malgré cela, les avancées sur le plan des modifications qu’il faudrait réaliser de manière urgente en matière de politiques environnementales, de comportement humain et d’inégalités mondiales sont insuffisantes.

 

 

Réaliser immédiatement la transition vers la durabilité

Cette transition peut se faire sous différentes formes, mais toutes exigent une pression de la société civile, des campagnes d’explications fondées sur des preuves, un leadership politique et une solide compréhension des instruments politiques, des marchés et d’autres facteurs.

Le manifeste propose des mesures efficaces qu’il faut mettre en place pour réaliser cette transition vers la durabilité urgente et vitale :

  • « Privilégier la mise en place de réserves connectées entres elles, correctement financées et correctement gérées, destinées à protéger une proportion significative des divers habitats terrestres, aériens et aquatiques – eau de mer et eau douce ;
  • Préserver les services rendus par la nature au travers des éco-systèmes en stoppant la conversion des forêts, prairies et autres habitats originels ;
  • Restaurer sur une grande échelle les communautés de plantes endémiques, et notamment les paysages de forêts ;
  • Ré-ensauvager des régions abritant des espèces endémiques, en particulier des super-prédateurs, afin de rétablir les dynamiques et processus écologiques ;
  • Développer et adopter des instruments politiques adéquats pour lutter contre la défaunation, le braconnage, l’exploitation et le trafic d’espèces menacées ;
  • Réduire le gaspillage alimentaire par l’éducation, et l’amélioration des infrastructures ;
  • Promouvoir une réorientation du régime alimentaire vers une nourriture d’origine essentiellement végétale ;
  • Réduire encore le taux de fécondité en faisant en sorte qu’hommes et femmes aient accès à l’éducation et à des services de planning familial, particulièrement dans les régions où ces services manquent encore ;
  • Multiplier les sorties en extérieur pour les enfants afin de développer leur sensibilité à la nature, et d’une manière générale améliorer l’appréciation de la nature dans toute la société ;
  • Désinvestir dans certains secteurs et cesser certains achats afin d’encourager un changement environnemental positif ;
  • Concevoir et promouvoir de nouvelles technologies vertes et se tourner massivement vers les sources d’énergies vertes tout en réduisant progressivement les aides aux productions d’énergie utilisant des combustibles fossiles ; [j’émets une mise en garde sur les technologies vertes, à retrouver ici]
  • Revoir notre économie afin de réduire les inégalités de richesse et faire en sorte que les prix, les taxes et les dispositifs indicatifs prennent en compte le coût réel de nos schémas de consommation pour notre environnement ;
  • Déterminer à long terme une taille de population humaine soutenable et scientifiquement défendable tout en s’assurant le soutien des pays et des responsables mondiaux pour atteindre cet objectif vital ».

 

 

La conclusion du manifeste : l’enjeu est immense, l’action est urgente !

L’humanité doit adopter une alternative plus durable écologiquement, cela est indispensable pour éviter une souffrance généralisée et une perte catastrophique de la biodiversité.

Cette recommandation a déjà été formulé il y a 25 ans et elle n’a pas été entendu : il sera « bientôt trop tard pour dévier de notre trajectoire vouée à l’échec, et le temps presse ».

« Nous devons prendre conscience, aussi bien dans nos vies quotidiennes que dans nos institutions gouvernementales, que la Terre, avec toute la vie qu’elle recèle, est notre seul foyer ».

 

 

Les indicateurs de la mauvaise santé de la planète : vers un effondrement de la biodiversité et des ressources !

L’infographie du monde est très parlante. Je reprends les grands chiffres ici :

  • Entre 1960 et aujourd’hui, la disponibilité d’eau douce par habitant a diminué de plus de moitié (de quasiment 14 milliers de m3 en 1960 à 6 milliers de m3 en 2016).
    « En 2017, la raréfaction de la ressource, qui touche de nombreuses régions dans le monde, ne prive pas seulement des millions de personnes d’eau potable, elle affecte aussi leur santé, la production de récoltes et d’énergie… ».
  • En 1992, nous atteignions les limites d’une pêche soutenable, les captures ont atteint leur maximum en 1996 avec 130 millions de tonnes, depuis, le nombre diminue et stagne aux alentours de 110 millions de tonnes, en dépit de l’extension de la pêche industrielle dans les pays en développement [signe d’un recul drastique des populations de poissons!].
  • Les « zones côtières mortes » (privés d’oxygènes) sont passés d’environ 0 en 1960, à 400 en 1992, puis ont augmenté dramatiquement jusqu’à 600 en 2010. Cela est dû au lessivage des engrais agricoles qui se retrouvent en mer, et à l’utilisation de combustibles fossiles. Cela détruit la vie marine.
  • 129 millions d’hectares de forêts ont été perdus entre 1990 et 2015 (soit la superficie de l’Afrique du Sud), faisant reculer la superficie forestière mondiale de 4.128 millions d’hectares à 3.999 millions d’hectares. « Les forêts du monde sont cruciales pour le stockage du carbone, la biodiversité et la disponibilité en eau douce ».
  • Les populations de poissons, d’amphibiens, de reptiles, d’oiseaux et de mammifères ont décliné de 58% entre 1970 et 2012. Les populations d’eau douce, marines et terrestres ont respectivement décliné de 81%, 36% et 35%. « La biodiversité mondiale disparaît à une vitesse alarmante ».
  • L’augmentation des températures s’accélère, bien que l’accord de Paris est de la maintenir en dessous de 2°C par rapport à l’ère préindustrielle. « Les dix années les plus chaudes, observées depuis 136 ans, se sont produites depuis 1998. Et les trois dernières années, 2017 y compris, sont les plus chaudes jamais enregistrées ». [plus de détail sur le dérèglement climatique ici]
  • La croissance de la population s’accélère. Elle augmenté de 5.2 à 7.2 milliards d’habitants entre 1992 et 2017.

 

 

Ce que je conclu de ce manifeste

L’ampleur de ce manifeste me semble inédite (dans ma petite vie en tout cas) : les scientifiques alertent sur le fait que nos activités nous entraînent vers une destruction du vivant, et de nous même. Nous ne sommes donc plus les seuls fous à le dire! Il y a urgence à agir, « il sera bientôt trop tard pour dévier de notre trajectoire vouée à l’échec, et le temps presse ».

Les scientifiques montrent les aspects catastrophiques de la situation, à savoir : les émissions de gaz à effet de serre augmentent, la déforestation progresse, la diminution de la ressource en eau s’accentue, la 6ème extinction de masse est en cours, la trajectoire  du changement climatique est troublante… Ils évoquent les causes, notamment : la croissance de la population, et « le rôle dune économie fondée sur la croissance ».

Enfin! La cause de cette crise globale semble (extrêmement) timidement être pointée du doigts, cette économie fondée sur la croissance. Il faut donc en finir avec ce système de croissance, ce n’est pas dit de manière claire et nette, mais c’est clair et net! On ne s’en sortira pas en restant dans ce système capitaliste, fondée sur la croissance et la consommation. Nous devons en sortir. [Alors oui, la déforestation est responsable de la perte de la biodiversité, mais pourquoi coupons nous les arbres des forêts? Pour le plaisir? Non, par exemple pour faire pousser du soja qui nourrira le bétail qui finira en steak dans les big mac du monde entier, tout en enrichissant Mc Donald! Mais pourquoi Mc Donald a-t-il été créé? Pour nourrir les gens? On n’y parvenait pas avant? Si. Mc Donald a été créé pour enrichir une poignée de personne, sur le dos de la planète et du vivant. Pourquoi émettons-nous des gaz à effet de serre? Pour le plaisir? Non. etc]

Ce manifeste doit nous conforter dans notre ressenti qu’il faut changer de système, que nous devons agir, qu’il devient même immorale de ne pas agir. Ce manifeste est la preuve simple et concrète que nous devons présenter au grand public, aux politiques, aux dirigeants, aux décideurs, pour agir. Nous n’avons plus le droit de ne rien faire ! Le manifeste le dit clairement : « Les responsables politiques étant sensibles aux pressions, les scientifiques, les personnalités médiatiques et les citoyens ordinaires doivent exiger de leurs gouvernements qu’ils prennent des mesures immédiates car il s’agit là d’un impératif moral vis-à-vis des générations actuelles et futures des êtres humains et des autres formes de vie ». C’est désormais notre devoir d’interpeller tous nos dirigeants (des villes, régions, entreprises, pays, ou que sais-je) et d’exiger des actions immédiates et radicales pour renverser la tendance. Quel qu’en soit le prix! C’est leur job, sinon ils doivent démissionner!

En parallèle, comme cela fait 25 ans qu’ils ne font rien, et que cet appel au secours des scientifiques est le deuxième, et est bien pire que le premier, nous devons agir également de notre côté, mettre en place le changement sans attendre le feu verts des dirigeants. Nous devons changer le système nous même. Le manifeste le dit clairement : « Grâce à un raz-de-marée d’initiatives organisées à la base, il est possible de vaincre n’importe quelle opposition, aussi acharnée soit-elle, et d’obliger les dirigeants politiques à agir ». Cet appel des scientifiques est fort (dans le constat, mais j’en conviens, mou dans la critiques du système et les recommandations d’actions), nous devons y répondre ! De nombreuses initiatives, mouvements, groupes existent et mettent déjà en place ces actions de résilience et de solidarité, nous devons les encourager et les amplifier! J’essayerai de les mettre en lumière sur mon site au fur et à mesure que je les découvre.

Bien sûr, et pour finir, nous devons nous interroger sur nos modes de vie, nos habitudes. Nous devons toujours être conscient de l’impact de nos actions : alimentation, transport, divertissement, métier… Les études sont claires, nous devons drastiquement réduire notre consommation de produit d’origine animale, alors faisons-le ! N’attendons pas que les politiques nous y contraignent (retrouver ici mon article sur la production alimentaire d’origine animale). Nous devons arrêter de surconsommer des vêtements aux plus bas coûts, achetons moins, mais mieux,  achetons d’occasion (retrouver ici l’article sur la surconsommation) ! Nous devons arrêter d’utiliser à outrance internet, le numérique, l’électronique, le high tech, cela demande trop de ressources.  Cela engendre trop de ressources. Cela ne nous sauvera pas (retrouver ici l’article sur le high tech) ! Etc. Bref, nous avons beaucoup de choses à faire pour soulager la planète de notre « boulimie consumériste ». Il en va de notre avenir !

Ce passage à l’action est notre meilleure chance, notre plus belle chance. C’est la seule manière de se préparer à l’effondrement du système tel que nous le connaissons. Le collectif et la solidarité doivent primer sur les aspects économiques et financiers d’une minorité !

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