Le défi des nouvelles générations ? Bullshit !

Quand on parle de la crise climatique, ou plus généralement de la crise écologique ou de la crise globale (car c’est bien de cela qu’il s’agit), on entend souvent des phrases du type « c’est le défi des nouvelles générations » ou bien « c’est désormais aux jeunes de trouver des solutions ». Ces phrases sont totalement malsaines, vicieuses et fausses !

 

 

La situation dont hérite la « nouvelle génération »

Depuis quelques décennies, les activités humaines, au nom du développement et de la croissance économique, déforestent les forêts qui regorgent de biodiversité, pillent les ressources des milieux naturels pour « produire », rejettent toute sorte de pollution, artificialisent peu à peu l’ensemble des sols naturels, produisent des quantités immenses de déchets, vident les océans, font disparaître la biodiversité, modifient une stabilité climatique exceptionnelle de 10 000 ans, etc. Cela se fait au détriment du monde naturel  vivant et non vivant, et des différents peuples opprimés des pays du Sud, et au profit des pays occidentaux. Plus particulièrement, au profit des grandes multinationales. C’est le principe de notre société de consommation, qui est le fruit de notre modèle capitaliste.

Cela conduit à d’immenses inégalités entre les pays mais également au sein même des pays. Cela conduit à la nécessité pour chacun de survivre dans ce système en consacrant sa vie à son travail. Cela conduit à une concurrence et une compétition entre chacun pour survivre du mieux possible. Cela conduit à la destruction de la planète et à notre incapacité de s’en préoccuper, car trop absorbé par le quotidien. Cela conduit à des populations stressées, pressées, individualistes, déconnectées de la nature, aveugles à la misère alentour, malheureuses. Nous trouvons l’état du monde déplorable mais nous n’agissons pas. Voilà la situation dont « notre génération » hérite.

Pourtant des SOS ont été lancés de la part des scientifiques : rapport meadows dès 1972 (voir ici), appel des scientifiques en 1992 (voir l’appel ici), puis sa réédition en 2017 (voir l’appel ici ou notre article dessus ici). Résultat : Aucune réaction !

 

 

Cette idée de défi pour les nouvelles générations est pleine d’hypocrisie

 » Le défi des nouvelles générations  » :  cette idée est honteusement hypocrite ! Cela ne voudrait-il pas plutôt dire « nous avons bien bousillé la planète, maintenant débrouillez-vous » ? Ou bien même « On a bien vécu, mais là, devant l’ampleur du désastre, on n’a pas la force de se battre » ? Bref, tout ceci n’est qu’hypocrisie et manque de courage. Cela est immoral et irresponsable de la part des personnes qui le disent.

Comme le disait Julian Woz dans sa brève, publiée sur le groupe Transition2030, la « nouvelle génération », celle qui est née entre 1985 et 2000, entre à peine aujourd’hui dans le monde du travail. Aux postes où les responsabilités sont les plus faibles, et où les leviers d’action sont les plus faibles. Mais ça serait à elle de relever ce défi ? Dans le même temps, « l’ancienne génération », celle qui a aujourd’hui autour de la cinquantaine est celle qui occupe globalement les postes les plus importants, ce sont eux qui prennent les décisions. Ce sont eux qui ont une situation stable et de l’argent. Ce sont eux qui pourraient s’engager le plus.

C’est donc avant tout cette « ancienne génération » qui est en mesure de prendre les décisions : c’est celle qui dirige dans les entreprises, c’est celle qui domine en politique. Ça devrait être à elle en priorité d’amorcer la transition dont nous avons vitalement besoin. C’est elle qui en a le pouvoir (mais la nouvelle génération doit s’engager de toute ses forces également, quoi qu’il arrive !). Alors pourquoi la génération des 45-60 ans rejette-t-elle ses responsabilités ? Par manque de volonté, par manque de force, par manque d’énergie ? Ou bien parce que c’est elle qui profite du système destructeur et ne voudrait surtout pas que les choses changent trop vite, car cela leur demanderait de réduire leur confort ?

 

 

L’urgence d’agir est intergénérationnelle

« Le défi des nouvelles générations » : Non ! Surtout pas ! C’est bel et bien le défi de toutes les générations. De toutes les personnes. Du plus jeune au plus vieux. Pourquoi tout le monde doit-il prendre ses responsabilités, et maintenant ? Car la destruction a lieu chaque jour, chaque seconde (disparition d’espèces, perte des terre arables, diminution des ressources, augmentation du besoin de ressources, diminution de l’eau disponible, changement climatique déjà présent…) et chaque jour est une chance de moins de s’en sortir. Tout le monde doit prendre conscience de l’urgence de la situation, et ne doit plus rejeter la faute sur les autres (moi le premier donc…). Ce qui est fait est fait. A nous d’agir pour le défaire !

Les plus jeunes doivent faire le deuil de la société de consommation, et utiliser leur énergie et leur imagination pour construire un monde alternatif. La difficulté réside dans le fait que nous sommes nés dans cette société de consommation, que nous avons été éduqué par cette société de consommation, que ce n’est pas facile de penser alternativement, de s’émanciper. De plus, comment prendre conscience que cette société de consommation détruit la planète alors que cette destruction a souvent lieu à l’autre bout du monde, ou est invisible (comment prendre conscience de toutes les destructions qui se cachent derrière la fabrication d’un smartphone ?). Cela serait plus facile à comprendre si les mines d’extraction étaient chez nous, si les déchetteries de déchets électroniques à ciel ouvert étaient chez nous. Si les effets des dérèglements climatiques étaient chez nous. Si la faim et le manque d’eau étaient chez nous. Si la généralisation de la pauvreté était chez nous.

Nous devons accepter que nos modes de vies ne sont ni soutenables, ni moraux. Si tout le monde sur terre adoptait le mode de vie (de boulimie consumériste) d’un français moyen, il faudrait 4 planètes pour subvenir à nos besoins. Encore plus si nous essayons d’imiter les plus riches d’entre nous, qui ont un mode de vie encore plus démesuré. Nous devons prendre conscience que le bonheur ne réside pas dans l’accumulation de produits ou de richesses. Que tout ce qui nous entoure n’est que le fruit de la nature, des ressources que l’on a extraites. Que tout cela est épuisable, et que nous le détruisons. (Dans son dernier livre Dire non ne suffit plus, Naomi Klein explique qu’à travers le détricotement des liens sociaux, le système crée en nous un vide béant et insatiable que nous tentons de combler par une consommation excessive dont le désir est sans cesse renouvelé grâce à la publicité (2e budget mondial derrière la défense). La solution serait de se relier de nouveau les uns aux autres pour retrouver la complétude de notre condition humaine)

Les plus anciens doivent faire le retour d’expérience des échecs du passé : pourquoi les appels des scientifiques n’ont pas été entendus ? Il est temps qu’ils osent dire non, qu’ils osent se remettre en question, qu’ils osent se bouger pour changer le monde. Ils doivent profiter de leurs situations plus stables, et de leur plus grand pouvoir de décision pour enclencher un véritable changement dans les institutions et dans les territoires.

 

 

Ne pas attendre que les autres agissent à notre place

C’est peut-être cela la leçon du passé : il ne faut pas attendre que les autres agissent à notre place ! Du rapport Meadows aux appels des scientifiques en passant par tous les travaux fait par de nombreuses personnes sur le thème de l’effondrement, de la 6ème extinction, de l’insoutenabilité de notre modèle de société, etc., aucun dirigeant politique n’a pris la mesure des enjeux. Alors pourquoi continuer à attendre d’eux qu’ils fassent le premier pas ? Faisons-le ! Pourquoi penser qu’on ne peut rien faire à notre échelle ? Parce que nous manquons de courage ! Pourquoi fermons-nous les yeux devant les inégalités et les destructions en cours ? Parce qu’elles ne nous touchent pas directement. Est-ce nos valeurs ? Est-ce le monde que nous voulons ?

Alors certains disent que c’est comme ça et que ça le restera. Que c’est la nature de l’Homme de ne se soucier que de lui et de son entourage. Que nous sommes tous en compétition. Que la solidarité n’a pas sa place. Que le jour ou il y aura de fortes perturbations sur notre système (énergétique, militaire, eau, alimentation…) alors nous serons tous survivalistes et nous n’hésiterons pas à tuer notre voisin pour survivre. Et bien non ! Là n’est pas la nature de l’Homme. L’histoire des chasseurs cueilleurs, qui au passage ont vécus bien plus longtemps que nous, ou des peuples indigènes qui subviennent à leurs besoins sans endommager les territoires depuis des milliers d’années, nous apprend que la vraie nature de l’Homme est celle du partage, de la solidarité, de l’équité, du respect de son environnement (voir l’article de Nicolas Casaux à ce sujet, ici). Plus récemment, durant des épisodes de crises comme lors de du cyclone Katrina, les gens ont fait preuve d’énormément de solidarité. Cela doit nous donner de l’espoir. Comme le dit Roy Hobpkins « le pessimisme est un luxe qu’on ne peut pas se permettre ».

 

 

Alors comment passons-nous à l’action ?

Alors que faire ? Que faire pour que cette fois ça marche ? C’est là toute la question.

Je ne prétends pas avoir la solution. Cependant, le système actuel tend à de plus en plus d’inégalités insoutenables (8 personnes dans le monde possèdent autant que 50% de la population mondiale, et en France 21 personnes possèdent autant que 40% de la population, selon l’ONG britannique Oxfam), à l’épuisement de plus en plus rapide des ressources de la planète (voir l’article sur cette démesure, ici), à la destruction continue de la nature et des espèces vivantes (plus d’une centaine d’espèces vivantes disparaissent chaque jour à cause de nos activités, lire ici). Le constat est factuel et nous indique qu’il faut changer de système. Sortir du productivisme, de l’extractivisme, de la société de consommation, du capitalisme. Alors comment fait-on à notre échelle ? En s’engageant, en résistant et en s’émancipant de ce système destructeur.

De nombreuses initiatives de résilience locale fleurissent un peu partout dans le monde, à travers, par exemple, le mouvement « Ville en transition ». Dans chaque territoire, des initiatives alternatives se mettent en place, et nous permettent de commencer à se désolidariser de la société industrielle. C’est le cas des AMAP (Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne), des mouvements locaux Alternatiba ou Colibri, des repair café, des ressourceries, des forums et associations dans lesquels on échange, on apprend à faire (ici une carte participative d’initiatives https://presdecheznous.fr). Nous devons encourager ces alternatives, rejoindre ces mouvements, en créer des nouveaux. Amplifier le mouvement.

Nous devons devenir indépendant de l’alimentation industrielle qui nous intoxique et bousille la planète. Nous devons lutter pour la préservation de nos territoires en défendant les espaces naturels de l’urbanisation. Car on ne pourra pas cultiver sur du béton. Au contraire, nous devons mettre en place des espaces de production alimentaire naturelle. Nous devons réduire notre consommation d’origine animale car cela n’est pas soutenable. Par ailleurs, nous devons redéfinir notre relation aux autres espèces vivantes et à la nature. L’homme n’est pas supérieur aux autres espèces, ni à la biodiversité de manière générale. Il en fait partie et en a besoin !  Nous devons lutter contre les sirènes de la surconsommation en remettant systématiquement notre besoin vital en question. Nous devons comprendre que consommer ne nous rend pas plus heureux, mais provoque en nous un besoin encore plus grand de consommer.

Nous devons globalement apprendre à réfléchir de manière alternative, remettre en cause les idées reçues depuis toujours : sur le but de la vie, sur le travail, sur notre relation par rapport au vivant et au naturel, sur la place de la femme, sur les étrangers, sur la compétition, sur la concurrence, sur le sens de la vie, sur la réussite, sur l’individualisme… Nous devons enclencher ce mouvement alternatif partout dans le monde. Nous devons apprendre à dire non. A refuser les actions qui vont à l’encontre du respect de la planète et du vivant, y compris au boulot ! De cela dépend la survie du vivant. Ça vaut le coup de se battre non ?

Voilà le défi à relever pour toutes les générations !

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