L’appel de la vie – Comment faire face à l’extinction des espèces vivantes (Partie 1)

Nous faisons face à une crise bien plus importante que n’importe quelle autre : l’effondrement de la biodiversité ! Le film L’appel de la vie, expose les différents facteurs de cette extinction du vivant à travers plusieurs interviews de biologistes et d’écologistes. Il permet de comprendre pourquoi nous parlons de 6ème extinction de masse des espèces (partie 1), ainsi que les mécanismes qui font que l’humain industriel détruit la planète dont il fait partie (partie 2), et en quoi la réponse à cet appel de la vie est une nécessité pour l’humanité et le monde vivant (partie 3).

 

L’appel de la vie – Partie 1 : L’extinction de masse des espèces

 

Des espèces qui disparaissent, et d’autres dont la population diminue

Depuis l’apparition de la vie, les espèces vivantes disparaissent. Environ 95% d’entre elles se sont éteintes naturellement. Le taux moyen d’extinction naturelle des espèces est d’environ 1 disparition sur 1 million d’espèces chaque année, soit une dizaine par an. Aujourd’hui, ce taux d’extinction est entre 100 et 10 000 fois supérieur au taux naturel. Il y a désormais plus d’espèces qui s’éteignent chaque année que d’espèces qui naissent ou n’évoluent, et on estime que des milliers d’espèces disparaissent chaque jour !

Il n’y a jamais rien eu de semblable dans l’histoire des humains et les dernières extinctions de cette ampleur furent les 5 grandes extinctions, dont la dernière est celle des dinosaures il y a 65 millions d’années. Cette 6ème extinction de masse est une crise bien plus importante que le terrorisme ou qu’une guerre nucléaire : c’est la crise la plus grave depuis l’histoire de l’humanité. !

Au-delà des espèces qui disparaissent, il y a également le problème des populations qui s’effondrent sans avoir encore disparue complètement (le fait qu’une population d’abeilles existe encore en Europe ne remplace pas le fait qu’elles aient disparues en Amérique par exemple). En effet :

  • Les populations d’animaux terrestres ont diminué de 28% entre 1970 et 2010,
  • Les populations d’oiseaux marins ont diminué de 30% entre 1995 et 2010,
  • Les populations des gros poissons des océans ont diminué de 90% entre 1950 et 2010,
  • Les populations des poissons d’eau douce ont diminué de 50% entre 1987 et 2010,
  • Les populations des animaux marins ont diminué de 28% des populations entre 1970 et 2010,
  • Les populations des oiseaux chanteurs ont diminué de 50% entre 1965 et 2010.

Si cette tendance continue [ce qui est le cas 8 ans après cet appel, par exemple baisse de 75% des insectes volants en Allemagne en 30 ans], plus de la moitié des espèces de plantes et d’animaux disparaîtra définitivement en quelques décennies. Nous devons y remédier, et les scientifiques doivent bien plus insister sur cette crise majeure de la diversité et du vivant.

 

L’effondrement en cascade du vivant, dont nous faisons partie

Bien que cela ne soit peut-être pas le plus important dans le fait que les espèces disparaissent [l’extinction d’une espèce en soi, et l’impact que cela a sur la survie des autres espèces non-humaines est probablement la chose la plus importante], cela est fondamentalement lié à la survie de l’humanité.

En effet, les espèces vivantes nous rendent des services éco-systémiques dont nous dépendons directement : nourriture, carburant, utilisation de leurs fibres, nourriture pour nos animaux d’élevage, etc. Nous sommes en train de perdre cette diversité qui est indispensable à notre survie. Les espèces qui ne nous servent pas directement, servent aux autres espèces qui nous sont directement utiles.

La vie des plantes et des animaux de la planète a rendu le climat propice à notre évolution. Le système racinales des forêts filtre et purifie l’eau, les microbes tuent les agents pathogènes qui nous intoxiquent, les organismes se composent de composés biochimiques et de gènes qui nous sont utiles pour nos systèmes agricoles et pour nos systèmes médicinaux (sur 150 médicaments prescrits aux Etats-Unis, 120 sont issus des plantes). Nous sommes en train de perdre tout cela.

De plus, nous avons tendance à considérer ces extinctions comme linéaires, mais il ne s’agit pas seulement d’une perte numérique d’espèces, il s’agit d’un déséquilibre global de la biodiversité qui appauvrit la qualité des relations entre elles et donc leur résilience globale : on parle d’extinctions en cascade. Il faut considérer la biodiversité comme un château de carte, nous pouvons en enlever une, deux ou trois, mais à un moment, tout s’écroule ! Nous sommes donc en train de jouer avec la survie du vivant, nous sommes en train de nous dire : « le tigre est une très jolie créature, mais le monde des affaires a décidé qu’il n’avait pas sa place ici ».

image_extinction

 

L’accélération des activités de l’Homme provoque ces extinctions, de plusieurs manières

Si la dernière extinction de masse, il y a 65 millions d’années, était due à un astéroïde, cette fois-ci elle est la conséquence de nos activités [Autrement dit : nous sommes l’astéroïde!] : pollutions, perte d’habitat, introduction de nouvelles espèces, surexploitation, réchauffement climatique. L’Homme détruit donc les autres espèces, mais à également le pouvoir [et donc le devoir ?] de ne plus le faire.

La perte d’habitat des espèces est probablement la cause la plus importante dans leur extinction. Elle résulte :

  • de l’expansion des villes,
  • de l’expansion des terres agricoles,
  • de l’expansion des routes qui permettent toujours plus d’accaparation de la nature par l’Homme.

La fragmentation des habitats des espèces, qui découle de la construction d’une infrastructure par exemple, est dramatique pour leur survie : ces dernières ont plus de difficultés à se déplacer, à se nourrir, à trouver un abri ou un partenaire sexuel, etc. Elles sont alors vouées à l’extinction. Les mesures compensatoires ne compensent pas la destruction d’un habitat [ne nous mentons pas : les mesures de compensation ne sont qu’une autorisation de détruire, il faut maintenant choisir son camp!], elles homogénéisent et artificialisent les habitats, ce qui impacte les espèces.

Près de 70% (en 2010) de la surface terrestre a été transformée pour les biens et les services humains, et même si environ 10% est actuellement couverte par des zones protégées, cela ne permettrait de préserver qu’environ 5% des espèces animales et végétales.

Les pollutions constituent également un danger majeur pour les espèces. Par exemple, les engrais azotés que l’on utilise pour notre agriculture non durable se déplacent sur la planète, asphyxient et dégradent certaines zones, déformant ainsi le fonctionnement du monde naturel. Il y a actuellement un déclin des amphibiens, dont plus de 50% sont en danger d’extinction, car leur environnement est modifié. L’Homme a notamment inséré dans la biosphère des éléments (comme le plastique) qui n’existent pas de manière naturelle et qui viennent donc impacter la biodiversité.

En nous déplaçant de plus en plus et de plus en plus loin, nous avons introduit des espèces dites « invasives » dans des endroits inappropriés, ce qui cause des dommages. Par exemple, des herbes africaines ont été introduites dans la plupart des zones tropicales du monde (Amérique du Sud, Australie, Iles du Pacifique) changeant le fonctionnement des écosystèmes, et altérant les lacs et les cours d’eau ainsi que les espèces qui y vivent. Cela a lieu partout dans le monde.

Le changement climatique, d’origine anthropique, a également un impact dans l’accélération de l’extinction des espèces. Les émissions de carbone dans l’atmosphère couplées à la destruction des habitats réduisent les chances de survie des espèces, et cela s’accentue par le fait que la perte d’une espèce modifie les écosystèmes et diminuent encore plus la chance de survie des espèces restantes. D’où la notion d’extinctions en cascade. Le réchauffement climatique pourrait menacer plus d’un million d’espèces d’ici 2050.

La surexploitation des ressources est aussi un facteur important dans l’extinction des espèces :

  • nous consommons [lorsque nous étions 6 milliards d’individus] plus de 50% de la production de plantes sur Terre (cultures, animaux, bois…),
  • nous utilisons la moitié de la ressource en eau disponible sur Terre,
  • nous utilisons un tiers de la production annuelle des océans.

Nous mangeons littéralement une grande partie de la planète chaque année. Cette consommation est le fruit d’un gaspillage destructeur. Par exemple, le Brésil détruit l’habitat de la vie sauvage sur son territoire pour faire pousser du soja qui nourrit la viande, qui nourrit les occidentaux. Autre exemple, la destruction des habitats de la biodiversité pour faire pousser des palmiers dattiers qui servent à produire du biodiesel. Tout cela favorise l’extinction des espèces.

Enfin, la surpopulation joue un rôle dans cet épuisement de la planète : nous sommes passés de 3 milliards d’individus en 1960, à 6 milliards dans les années 2000, et à 7.6 milliards aujourd’hui. Même s’il est politiquement incorrect de le dire, il faut diminuer la population car la charge ultime de la planète se situe en dessous de la population actuelle.

4 commentaires

  1. Tout à fait, la diminution de la population globale donc une vraie éducation des femmes à accéder à des hauts niveaux de carrières donc de facto moins de nouvelles naissances voir pas du tout encore mieux.

    J'aime

    • Salut Thomaïe,

      Tu as parlé de la surpopulation, ce sujet tabou chez les écologistes et les décroissants du mensuel la Décroissance. Félicitations pour ton courage, déjà. Maintenant, comment faire ? La réponse est difficile à apporter. Une chose est sûre, cela se jouera avec les femmes. Ce sont elles qui détermineront le futur démographique. Leur éducation et leur conscientisation dans les pays en voie de développement sont primordiales. Les pays du Nord doivent bien entendu diminuer encore plus leur population, et c’est justement ce qui aura lieu étant donné les tendances actuelles.

      Si les mesures sont prises trop tard, le contrôle démographique sera semblable à celui de la Chine, et là ça sera très brutal. Les épreuves seront de toute façon un catalyseur pour les populations.

      J'aime

      • Salut Erone! Ca fait plaisir de te lire.
        Je ne savais pas que c’était si tabou que cela. Il semble évident qu’on dépasse la charge de population soutenable. Mais je me dis aussi que c’est à nuancer : 7 milliards d’individus vivant dans des communautés à taille humaine et adoptant des modèles de permaculture (faire entrer moins d’énergie dans les systèmes qu’on en récupère, notamment en régénérant les sols, en diversifiant et densifiant les espèces) font certainement moins de dégâts écologiques que 2 ou 3 milliards d’humains industriels de notre société, non?
        Je pense aussi que les femmes ont un grand rôle à jouer. Peut-être que sortir du fantasme du développement à l’occidental sera primordial aussi!
        Au plaisir d’en reparler 🙂

        J'aime

    • Bonjour Robin! Oui on peut considérer qu’il faille moins de naissance, mais il ne faut pas voir que ça, y a pas besoin de tant d’humains que ça pour bousiller la planète 😉 La démographie est un sujet parmi d’autres!

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s