10 mai, jour du dépassement de l’UE, notre civilisation agricole épuise la planète et l’humain… Mais ce n’est pas une fatalité.

Nous vivons dans une civilisation agricole (qui a fait le choix de détruire les forêts pour produire ses besoins à partir de l’agriculture) qui n’est pas efficace et donc qui mange littéralement la planète. En témoigne ce fameux « jour de dépassement » qui tombe apparemment le 10 mai pour l’UE pour cette année 2019 et qui symbolise à quel point nous épuisons les éco-systèmes (voir aussi l’article sur le jour du dépassement 2018 et le bal des solutions capitalistes inefficaces).
Comme il n’y a pas de hasard concernant les lois du vivant, notre non-soutenabilité écologique est associée à notre non-soutenabilité sociale. Ainsi, notre société est esclavagiste de manière évidente (pays du nord qui exploitent les ressources matérielles et humaines des pays du sud) ou moins évidente à première vue (élites qui s’accaparent les ressources et maintiennent sous perfusion les populations contraintes de s’épuiser sous forme de travail/torture en échange de quelques miettes). De plus, nos environnements écologiques et sociaux ne sont pas adaptés à l’humain et nous dégénèrent à petit feu. Notre alimentation est dénaturée et dénutrie, notre air et nos eaux sont polluées, notre rythme de vie n’est pas physiologique, nos corps sociaux sont violents et inégalitaires. Bref, nos conditions de vie sont dégradées et les maladies de civilisation explosent.
Il serait temps, mais depuis longtemps déjà, de tout déconstruire, à commencer par nos imaginaires, et de comprendre qu’il n’y a pas de moyen de « sauver la planète » en maintenant cette civilisation agricole (aujourd’hui dites thermo-industrielle). On ne sauvera pas la planète, la biodiversité, l’humain, ni soi-même, en réduisant le plastique. Ni en devenant vegan. Ni en mangeant bio. Ni en boycottant l’huile de palme, Nestlé, ou autre. Ni même en passant de l’agriculture conventionnelle à l’agriculture bio partout dans le monde et dans le cosmos. Je ne dis pas que tout ceci serait totalement non-bénéfique, mais juste que l’enjeu est ailleurs. L’enjeu ne se situe pas dans des éco-actions au sein d’une société destructrice par nature.
En effet, plutôt que de vouloir se battre pour que notre société mette en place des mesures de réduction de son impact écologique, comme c’est le cas depuis des décennies, nous devons penser des sociétés (à taille beaucoup plus humaine forcément) qui ont un impact positif pour l’environnement. C’est à dire que nos sociétés soient régénératives. C’est à dire que nous prélevions moins de ressources sur un espace donné, pendant un temps donnée, que cet espace n’en produit sur cette durée. Sous forme de biomasse majoritairement. Pour reprendre l’exemple du jour de dépassement, il faudrait que celui-ci arrive au moins… l’année d’après ! C’est le seul moyen d’inverser le processus d’extinction des différentes formes de vie sur Terre. Il n’est pas efficace de réfléchir de manière analytique, un coup l’énergie, un coup la production de nourriture, un coup la gestion des déchets, un coup les aspects sociaux… cette société est inefficace et ces tentatives de la rendre « verte » et/ou « solidaire » font le même effet que de boucher l’un des trous d’une passoire, puis un autre, pour retenir l’eau qui y coule depuis un robinet.
Il conviendrait mieux de réfléchir de manière globale et de repenser à une façon qui soit soutenable et donc éthique de répondre à nos besoins d’humain. Et cela est faisable, sinon ça ne servirait à rien d’en parler ici. Il faut accepter que le choix de l’agriculture fut une erreur, et qu’il est possible de concevoir à la place des systèmes en permaculture qui investissent dans ces systèmes moins d’énergie qu’il n’en ressort, et cela tout en répondant aux besoins vitaux des groupes qui y vivent. Cela se fait en allant dans le sens du vivant, de sa spontanéité et de ses interactions, et non pas dans le sens de la mort comme c’est le cas aujourd’hui (pesticides, insecticides, fongicides, anti-biotiques, déchets, artificialisation, déforestation, etc.). Il faut accepter aussi qu’il ne faille pas attendre que cette impulsion vienne des personnes qui dirigent et mettent en place notre société inefficace, puisque c’est justement cette inefficacité qui leur permet de nous diriger (comprendre « contrôler »).
L’exemple de la forêt comestible, qui peut être très intéressante en permaculture tant elle est efficace, est très parlant puisqu’elle permet quand elle est bien « designée » de se nourrir, de se soigner, de se chauffer, de bâtir, de dépolluer l’air et l’eau, de faire exploser la biodiversité, de régénérer les sols, de stopper l’érosion, de rafraîchir l’atmosphère, de réguler le climat, etc, etc, sans aucun travail ou quasiment, sans intrants extérieurs ou quasiment, et surtout sans production de déchets. Quel système dans notre société agricole peut se vanter des mêmes mérites ? Certaines populations vivent encore dans des forêts de manière soutenable, dans la joie et la santé. Certains systèmes en permaculture sont déjà mis en place et démontrent une grande efficacité. L’humanité elle-même avant que nous choisissions l’agriculture vivait dans l’abondance et la gratuité des forêts. Il n’y a donc pas de raisons de douter.
Ainsi, le cercle vicieux actuel (non-soutenabilité écologique entraîne société esclavagiste, inégalitaire, populations en mauvaise santé…) s’inversera et deviendra vertueux, et les bienfaits de nos modes de vie sur l’environnement entraîneront de manière exponentielle des bénéfices sur les aspects sociaux, humains et de santé de ces nouvelles sociétés.
La foodforest, Geoff Lawton : Lien
La forêt comestible en permaculture de Mouscron : Lien
Nos ressources sur la permaculture : Lien

Quelques définitions importantes en permaculture

# Design : « La permaculture, c’est le design. »
Comprenons bien : la permaculture n’est pas l’ensemble des systèmes soutenables pour produire la nourriture, l’énergie, etc, mais l’art de concevoir des systèmes (ayant certaines propriétés : efficaces, éthiques, soutenables) : la permaculture, c’est l’art du design pertinent. Le design est le concept opérationnel fondamental en permaculture, qui permet de mettre en oeuvre les éthiques de la manière la plus efficace. La permaculture, d’origine anglophone, fait intervenir des concepts nouveaux ou élargis, véhiculés par des mots forts et difficiles à traduire par un seul mot français. Design en permaculture signifie donc à la fois conception, aménagement, planification et organisation (et n’a aucun rapport avec l’esthétique ni la décoration).

# Pattern : il signifie motif, cycle, archétype de structure, archétype de processus, archétype de forme, archétype de rythme, thème formel, schéma ou schème, modèle. Le concept de pattern a une importance capitale en permaculture, tant pour l’observation éclairée et la compréhension holiste des systèmes naturels que pour le design des systèmes humains.
Il est lié à la façon dont les phénomènes se manifestent et interagissent pour tisser la réalité, incluant les comportements du vivant. Les patterns constituent ainsi le coeur, le moteur, du fonctionnement des systèmes naturels.

# Soutenable, régénératif : Soutenable, ou mieux régénératif, est le terme approprié pour durable ou pérenne. Selon l’ONU, un système est soutenable (traduction de l’anglais sustainable) s’il ne consomme pas les ressources des générations futures.
La permaculture préfère une définition énergétique précise : soutenable = excédentaire. Un système terrestre (naturel ou humain) est soutenable s’il produit plus qu’il ne consomme (en énergie totale, soleil exclu). C’est donc finalement synonyme de régénératif.
Un système non soutenable n’est pas durable. Les systèmes naturels sont soutenables/régénératifs. L’agriculture et les systèmes humains majeurs ne le sont pas, depuis bien longtemps. Les systèmes en permaculture sont justement conçus pour être soutenables/régénératifs (et donc pérennes).

# Efficacité : il s’agit de minimiser le travail, l’énergie, la technologie et le risque industriel, et de maximiser la productivité, l’intelligence et l’efficacité et l’harmonie du corps social.

# Résilience :  Résilient signifie stable, résistant aux brusques variations (catastrophes, sécheresse, inondation, feu, froid, canicule, vent, pollutions, maladies, pestes et ravageurs, conflits, perturbations sociales…). C’est donc synonyme d’homéostatique ou auto-régulateur. La résilience émerge spontanément d’un système lorsqu’il est soutenable et suffisamment diversifié.

# Productivité et rapport output/input : en permaculture, la productivité se mesure en énergie totale : c’est le rapport entre la production totale (output) du système (exprimée en énergie) et l’énergie totale qui y est investie (input).
Les systèmes en permaculture sont très productifs. Par exemple pour la production alimentaire : 10 à 20 calories produites pour 1 calorie investie en moyenne, soit un rapport output sur input très largement supérieur à 1 (systèmes excédentaires, donc soutenables et régénératifs).
Par comparaison, les différents types d’agriculture ont une productivité moyenne 150 à 400 fois plus faible : 1 calorie produite pour 15 à 20 investies en moyenne, soit un rapport output sur input de 0,05 à 0,07, donc très inférieur à 1 (d’où leur non soutenabilité).
La productivité totale réelle est fondamentalement liée à l’empreinte écologique (qui devrait être partout localement inférieure à 1).

# La non-linéarité peut grossièrement se résumer ainsi : lorsqu’on multiplie par 2 une cause, sa conséquence est multipliée par beaucoup plus (ou beaucoup moins) que 2. Ainsi, un petit changement peut avoir des conséquences exponentielles. La permaculture exploite ce phénomène pour sur-multiplier son efficacité.

Source : Permaculture sans frontières : http://www.permaculture-sans-frontieres.org/…/synthese-defi…

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