Les arbres font pleuvoir – retour sur une conférence de Francis Hallé, et pourquoi la permaculture

Contrairement aux idées reçues, ce n’est pas parce qu’on manque d’eau qu’il n’y a plus de forêts, mais c’est parce qu’il n’y a plus de forêts que l’eau manque.

En effet, Francis Hallé, lors d’une conférence à Montreuil le 5 février 2011, explique que les arbres envoient des très grandes quantités de vapeur d’eau dans l’atmosphère, mais également des molécules qui permettent à cette vapeur d’eau de s’y fixer et de tomber sous forme de pluie.

Cela est une information cruciale pour l’avenir de la planète et de l’humanité. A l’heure où les scientifiques s’inquiètent des pénuries d’eau à venir, que nous nous interrogeons sur la possibilité de produire notre nourriture alors même que l’eau viendrait à manquer, que les températures risquent de s’enflammer, nous avons une preuve de plus que les arbres et les forêts sont nos alliés les plus précieux. Notons également que les arbres sont les seuls éléments sur Terre capable de récupérer l’eau de pluie, de la dépolluer et de remplir les nappes phréatiques grâce à leurs racines (voir notre article sur le fonctionnement des arbres).

Lorsque nous disons (sur ce site) que la permaculture est la seule solution viable (en termes d’éthique, d’efficacité, de rapidité) pour sauver l’humanité, c’est aussi parce qu’elle s’appuie beaucoup sur les arbres. Un bon design de permaculture devrait intégrer au moins 80% d’arbres.

La permaculture (et une définition complète ici) propose de répondre à l’ensemble des besoins vitaux des humains. Cela comprend un climat stable et vivable, un air de bonne qualité, une alimentation saine et des médicaments, de l’eau pure, de l’énergie soutenable, un habitat bio-climatique, de quoi se vêtir et créer des outils, la bonne gestion des déchets (ou plutôt la non-production de déchets), l’organisation d’un corps social juste et harmonieux.

Comme l’indique Francis Hallé dans la citation à la fin de cet article, quelques hectares de forêts à peine suffisent pour qu’il pleuve. On comprend alors pourquoi un bon design en permaculture, en plus par exemple de produire de la nourriture ou de l’énergie, va permettre de créer un (micro)climat propice à la vie de l’humain. On comprend également pourquoi ce design va permettre de remplir les nappes phréatiques, de dépolluer l’eau, de produire une eau de bonne qualité pour l’humain.

Afin de mettre en place un design pertinent, et ainsi passer d’un désert à un système ultra-abondant et régénératif, il sera important de bien comprendre la dynamique des forêts et notamment de connaître les espèces d’arbres pionniers (c’est-à-dire qui tolèrent la lumière directe, la grande majorité des végétaux préférant pousser à l’ombre, selon des degrés d’ombre différents selon les espèces) à croissance rapide qui pourront facilement pousser dans le contexte géographique, écologique, social du design. Ainsi, il devient possible de reforester les déserts (« Reverdir le désert » avec Geoff Lawton, sous-titres disponibles) et de subvenir aux besoins de l’humanité, y compris de réguler le climat !

 

Voici l’extrait de la conférence de Francis Hallé, issu du livre Francis Hallé, la vie des arbres :

Les arbres médicinaux ne manquent donc pas, mais je voudrais plutôt m’intéresser au contrôle de la pluie. Un arbre est une énorme surface qui envoie dans l’atmosphère des tonnes de vapeur d’eau, ce qui est presque de sa fonction. En parallèle, il y a une vingtaine d’années, une équipe de chercheurs dont je faisais partie a travaillé au Gabon et s’est aperçue que chaque espèce d’arbre émettait des molécules volatiles et spécifiques. Les Anglais ont donné le terme de VOC, « volatil organic compound » à ces molécules organiques qui partent dans l’atmosphère. Très récemment, un chercheur brésilien, Antonio Nobre qui travaille au centre du bassin amazonien dans un très beau laboratoire qui s’appelle INPA (Institut de Recherche sur l’Amazonie), a trouvé le rôle de ces émissions. Il ne suffit pas que de la vapeur d’eau soit présente dans l’atmosphère pour qu’il pleuve. Il faut des germes autour desquels s’agglomèrent les molécules d’eau de plus en plus nombreuses, de sorte qu’elles finissent par former une goutte d’eau qui tombe. Ces germes peuvent être de la poussière mais il n’y en a pas au-dessus de la forêt amazonienne. Ce sont alors les VOC qui servent de germes. Ces molécules émises par les arbres sont très variées, elles comportent de l’éthanol, du formaldéhyde, divers enzymes, et une molécule assez dangereuse, le méthylmercaptan, un polluant. Notons aussitôt que nous pouvons tout à fait vivre à côté de quelques molécules de méthylmercaptan. Non seulement les arbres envoient la vapeur d’eau dans l’atmosphère, mais ils sont également capable de contrôler le retour de cette eau sous forme de pluie. Quand j’étais tout jeune chercheur en Afrique, je me rappelle avoir aperçu en pleine savane un nuage à l’horizon. Après avoir mis le cap dans cette direction, nous avons découvert une petite forêt en dessous de ce nuage. Quelques hectares de forêt suffisent pour qu’il pleuve.

Source de l’image de l’article : https://positivr.fr/amazonie-arbres-foret-provoque-pluie/

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